L'œuvre du secours Franco-américain en 1919

La Marquise de Noailles en conférence avec ses infirmières.

 Parmi les œuvres philanthropiques qui sont nées dans notre pays au cours de la grande tourmente et depuis l'armistice, nous n'en connaissons pas de plus patriotique, de plus utile, de plus pratique, que celle que dirigent avec un rare bonheur deux grandes dames de la haute société franco-américaine :  Mme Charles Prince et Mme la marquise de Noailles.


Sous le titre de " Comité de secours franco-américain pour les pays dévastés ", ces admirables bienfaitrices ont par leur touchante, sollicitude rendu pratique une tâche ardue qui de prime abord semblait vouée à l'insuccès. Par leur esprit d'initiative,leur dévouement, leur appui moral et financier, elles ont fait renaître la vie et la santé où régnait, depuis cinq ans, le désastre et la mort. 


Grâce à une inlassable propagande, grâce aussi à leurs ressources personnelles, Mme Charles Prince, aux États-Unis, Mme la marquise de Noailles, en France, sont arrivées à réunir des subsides relativement importants à l'aide desquels on a pu  reconstituer dans quelques villages de l'Aisne, de la Somme, de l'Oise et bientôt des Ardennes les premiers éléments pratiques indispensables à la vie des habitants.

 

Mme Charles Prince. L'une des présidentes du secours Franco-américain

La boulangerie de Folembray en 1919

Vue extérieur de la boulangerie en 1919


C'est ainsi qu'à Folembray, à trois kilomètres de Coucy le château, que nous venons : visiter et que les Allemands ont culbuté de fond en comble, elles sont arrivées à faire reconstruire avec les matériaux tirés des décombres, des rez-de-chaussée couverts, relativement confortables, où le strict nécessaire a été mis à la disposition des habitants qui tout doucement s'acheminent vers la petite commune dévastée ; objets de literie, armoire, poêle de cuisine, etc., etc. A côté de cet appoint indispensable aux premières nécessités de la vie, elles en ont apporté un autre plus efficace : celui de reconstituer le cheptel bovin enlevé par les barbares ; à cet effet un petit troupeau de vaches et deux taureaux sont arrivés récemment d'Honde et ont été assemblés dans les prairies trouées d'obus autour du château incendié du comte de Brigode, dont la belle vaillance au cours de l'occupation du  village par Von Kluck est digne des plus beaux éloge.

A coté du cheptel bovin, le comité du "Secours franco-américain" en a constitué d'autres ; des lapins, des poules, des oies, des canards, des chèvres, ont été pour la reproduction confiés aux gens de Folembray.

Une école a été érigée de toutes pièces ; cent dix enfants, garçons et fillettes, y reçoivent une instruction primaire sous la direction de trois dévouées institutrices, dont nous avons le devoir ici de citer les noms, ce sont Mlle Trouilhé, Mme Bastard et Mlle Meyer, qui même pendant l'occupation allemande, presque sur la ligne de feu - on se battait à champs-sur-la-Lesse, à cinq kilomètres de là - n'ont cessé de porter à ces infortunés, que la ruine attendait, l'appoint de leur maternel dévouement.

 

 A Folembray : Miss Sutton, une des infirmières, visite les habitants nécessiteux.

Comment vivent les habitants de Folembray

Miss Perkins pansant une plaie

A coté de l'école, au milieu de cet amoncellement de décombres, une chapelle, un dispensaire ont été construits, des secours en vêtements, en nourriture, en argent sont journellement distribués sous la direction de deux gracieuses infirmières anglaises : Miss Sutton, Miss Perkins, qui avec dévouement inlassable, une sollicitude touchante, après avoir pendant cinq ans rempli leur périlleuse mission dans les hôpitaux du front, continuent à soulager toutes les misères qui les entourent par amour pour la France, à laquelle elles ont voué un culte particulier.

Elles vivent là sans se plaindre jamais, au milieu de ces ruines parmi toutes ces infortunés qui les considérent comme de grandes sœurs, couchant dans les baraquements rudimentaires, apportant chaque jour à tout ces malheureux la parure de leur jeunesse et de leur sourire ; recevant, l'une dés le matin au dispensaire les valides qui peuvent venir se faire soigner, l'autre, parcourant avec sa petite voiture les villages de Verneuil, Champs, Praast, Villette, Pierremande, Barisis, Fresne, Septvaux, tout le secteur confié à ses soins.

Le bureau de poste

La salle d'école du petit village reconstruit

L'épicerie bien alimentée

Nous avons tenu tout particulièrement à accompagner Miss Sutton dans ce pénible tournée par une pluie battante ; nous l'avons vue dans des intérieures sordides, d'anciennes cagnas, aménagés en logis, où la lumière ne pénètre que par d'étroits soupiraux, se pencher sur les typhiques, parfois sur des agonisants, ne répugnant à aucune besogne, mène les plus pénibles, les plus redoutables. Nous l'avons vue, après les soins donnés à tous ces pauvres hères, laisser sur la table, sur la chaise ou sur le banc qui forme quelque fois l'unique ameublement de cette caverne de troglodytes un peu de vin, de chocolat et quelques piécettes d'argent... et avec quel tact, quelle délicatesse, tout cela était fait... et discrètement effacé dans l'ombre, je regardais ces scènes touchantes dans leur simplicité et je m'inclinais avec infini respect devant le courage de ces femmes admirables, si braves, si dévouées, qui depuis cinq ans supportent tant de fatigues, tant de dangers pour soulager toutes les misères.

Le cheptel offert par la mission

 

Leur bonté, leur générosité, leur simplicité, leur douceur remplissent là tous les jours le plus beau et le plus noble des devoirs, celui de la charité humaine et à ce titre nous ne saurions jamais assez traduire notre reconnaissance et notre admiration.

M. Meys

 

Le Comte de Brigode, un des bienfaiteurs du pays dévasté.

 

 

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