De la verrerie au site du vivier

Il est remarquable en effet, que depuis l'occupation romaine, tout proche de l'emplacement actuel, existait déjà en pleine forêt, un lieu qui porte encore le nom de "La Fontaine à Four" un "four aux voirres", et même la tradition nous a transmis le nom d'un maître verrier de l'époque : Ragenulf.(voir Abbé Vernier page 70)

Le four aux voirres fut construit vers 1441 ; dans la partie dite les Fontinettes, entre l'allée du Chèvremont et de la chaussée Brunehaut. Des débris de verre, des briques vitrifiées et une fontaine qui a gardé le nom de Fontaine du Four, marquent l’emplacement de cette verrerie qui était reliée à la chaussée Brunehaut par un chemin empierré.

Les verriers romains ont été les ancêtres des Vénitiens, qui furent avec les verriers de Bohème, les seuls dépositaires des traditions et secrets de l'antiquité. De Bohème et de Venise quelques verriers allèrent porter leur art dans la forêt Noire, puis gagnèrent les forêts des bords de la Meuse. Cet art s'y implanta vers 1680, à Quinquen Grogne (Aisne), puis s'étendit au Nord de la France.

Louis XIV et son ministre Colbert ne craignaient pas d'anoblir les verriers habiles et subventionnaient leurs usines. Lorsque Gaspard Thévenot eut fondé son établissement, il s'attacha les meilleurs verriers des Ardennes qui, la campagne annuelle terminée, repartaient dans leur pays pour quelque mois à la façon des "Marchois" de la Creuse et des "Limousins" de la Haute-Vienne. Par la suite, des familles se fixèrent et constituèrent un élément de prospérité de l'industrie du verre, mêlant aux souvenirs des séjours de Henri IV au château de Folembray, où il signa de nombreux édits, les noms des grandes compagnies : Navarre, Guise, et tant d'autres qui se sont perpétués jusqu'en 1952.

Les plus vieilles verreries de France : Folembray et Saint Gobain remontent à l'époque où le bois était le seul combustible. L'économie des transports exigeait alors que les usines fussent au centre des forêts. Ces forêts de Coucy, de Saint Gobain, des Vosges, de Normandie, se peuplèrent d'usines à verre, mais à l'heure actuelle la verrerie de Folembray est la plus ancienne des verrerie à bouteilles de France.

Les registres de la paroisse Saint Pierre de Folembray débutent en 1680 et leur lecture attentive ne laisse présager l'existence d'une verrerie qu'à partir de l'année 1700 , dans les ruines de l'ancien château de François premier au centre du village actuel : La Glacerie de Follembray.

Bouteille Thévenotte 1730-1760 musée des civilisations de l'Europe et de la méditerranée à paris.

Le 31 janvier 1709, un certain Gaspart THEVENOT obtenait du roi de France, l' autorisation de construire et établir une verrerie dans une maison nommée "le Vivier" :  La Verrerie Royale. Gaspard THEVENOT, fondateur de la Verrerie Royale, s'était associé avec des spécialistes de l'art de la verrerie jusqu'en 1745. A cette époque, cette manufacture royale fabrique surtout des bouteilles pour la région  champagne proche.

 

1725     Construction d’une chapelle à l’intérieur de la verrerie. Cette chapelle est bénie par l’évêque Mgr de la Fare évêque de Laon le 18 juin 1725.

« Ayant  fait visite de la chapelle nouvellement construite en ladite verrerie, ayant trouvé qu’elle était bien située, d’une structure convenable, bien éclairée et bien décorée, pourvue de vases sacrés, livres, linges et ornements propres et nécessaires pour y offrir le saint sacrifice avec toute la décence requise, avons fait la bénédiction de la sainte chapelle en l’honneur de la sainte épiphanie de N.S. construite. »

Archives de la verrerie citées par l’abbé Vernier

1780            « Je ne connais en France que trois verreries où l’on fasse de bonnes bouteilles : Folembray, dans la forêt de Coucy, Anor, dans le Hainaut français et Sèvres, près de Paris. ». La production est alors de 600.000 bouteilles par an.

Bose d’Autie

En 1785, un incendie détruit deux grandes halles et une énorme provision de bois. M. Tronson, gendre de M. de Valcourt, est désigné propriétaire de la verrerie. La production annuelle est alors estimée à 600.000 bouteilles.

Dessin. La verrerie dans le massif de Saint-Gobain, p. 39

En 1789, les bâtiments de l'abbaye de Prémontré sont vendus à la verrerie de Folembray pour servir surtout de lieu de stockage jusqu' en 1795. Les bâtiments de Prémontré sont revendus à un certain Mr Cagnon qui transforme alors l'abbaye en fabrique de potasse et de salpêtre.

 

 A partir de 1810 et pendant un certain nombre d'années, la verrerie de Folembray fabriqua des cloches de jardin.

Après Thévenot, les verreries de Folembray passèrent dans les mains de son gendre : Guillaume Ferret, dont la fille devint Madame Tronson de Valcourt. Mademoiselle de Valcourt les apporta en dot lors de son mariage avec Monsieur de Montizeaux, et Charles François Ferdinand baron DE POILLY ayant épousé Mademoiselle de Montizeaux, les transmis à son fils le Baron Henri de Poilly. 

La situation de la Verrerie et la perfection de son travail lui ont valu dès le XVIII ème siècle une réputation incontestée. Ses bouteilles champenoises étaient renommées à l'égal des meilleurs fabrication, sans cesse accrue par l'incessant effort de ses propriétaires successifs, elle se développa considérablement.

Charles François Ferdinand baron DE POILLYdevient propriétaire de la verrerie royale de Folembray dès 1814.

De 1813 à 1850 , la verrerie de Folembray était un fournisseur da la Maison Veuve -Clicquot d'aprés 90 copies de lettres VCP et 60 lettres de Folembray. (collection André Orsini)

 

En 1817, construction du château du Vivier.

Plan cadastrale de la verrerie en 1820

 

1821, 25 mai

Visite de la duchesse de Berry à Folembray « Dans l’après-midi, la duchesse visita la verrerie. Tous les ouvriers qui avaient quitté la longue chemise traditionnelle l’attendaient sur leur place en pantalon blanc et en jabot ; la princesse suivit leur travail avec le plus grand intérêt. »

Bouzard, 1931, p. 123.

1826

La verrerie de M. de Poilly livre au commerce annuellement plus de 2 millions de bouteilles, des chopines et bocaux à fruits dans la même proportion, et de 140 à 150.000 cloches à jardin, verre à vitre, etc.

Malot, Charles. Bazar parisien ou annuaire raisonné de l’industrie des premiers artistes et fabricants de Paris, 1826, p. 60.

En 1826, Xavier de l’Age, directeur de la verrerie est élu maire de Folembray.

1828 Mars

J'ai examiné la voiture d'échantillons reçue hier et ai trouvé à mon grand regret que leur nuance foncée et un peu jaunâtre ne pouvait pas me convenir pour mes vins.J'ai fait prier M. Mongel  de les examiner avec moi en mettant le même vin dans une de vos bouteille de l'année dernière et dans une des vôtres reçus hier, et je lui ai prouvé que le verre des dernières est très désavantageux parce qu'il donne au vin un oeil jaune, ce qui est un très grand inconvénient en Russie, où l'on exige que le vin de Champagne soit très blanc... On m'y a laissé pour compte une partie des vins de 1825, parce qu'il était contenu dans des bouteilles jaunes. Vous voyez donc que je suis forcé de tenir à recevoir des bouteilles bien vertes, claires et brillantes.

Courrier de la Veuve Clicquot  pour  verrerie de Poilly à Folembray(collection André Orsini)  

1832

...vous connaissez la casse énorme que j'ai eu supporter sur les bouteilles que M. de Poilly m'a founies l'année dernière et vous ferez sûrement toutes les observations nécessaires pour qu'on pare à cet inconvénient, qui à ce que quelqu'un, qui se prétend bien informé, m'a assuré provient de l'argile employé. Si une pareille perte se reproduisait cette année-ci, les bouteilles de Folembray seraient perdues de réputation : il est donc de l'intérêt de M. de Poilly, de faire tous ses efforts pour nous fournir des bouteilles qui résistent aussi bien à la mousse que celles de MM. Darche et de Violaine. La solidité des bouteilles sera mise à l'épreuve cette année-ci, car nos vins promettent une mousse violente.

Courrier de la Veuve Clicquot  pour  verrerie de Poilly à Folembray

1833

...Le souffleur qui fabrique les bouteilles apportées par le voiturier Noël, a le défaut de faire les embouchures tranchantes, de maniére que tous les bouchons qui comme vous le savez n'entrent que de force, se coupent et se brisent. C'est une imperfection à laquelle il faut remédier à tout prix, car elle rends l'emploi de ces bouchons, impossible il faut que l'embouchure soit arrondie, sans qu'elle devienne toutefois évasée ou en trompette. Il se trouve également parmi les bouteilles de la même main, quelques embouchures par trop petites : cela rend le dégorgement très difficile et empêche l'explosion lorsque le consommateur débouche la bouteille.

Courrier de la Veuve Clicquot  pour  verrerie de Poilly à Folembray

1833

Quand à la  forme je vous dirai que les bouteilles de Maubeuge conservent toujours leur supériorité sur les votres. Cette verrerie fait des cols de ses bouteilles un peu plus long, d'abord en donnant à la bouteille deux lignes de plus en  hauteur et surtout en faisant monter un peu moins le bouge qui, étant étranglé un peu plus fort que chez vous, donne beaucoup d'apparence à la bouteille, sans en augmenter la contenance. Je me permets d'entrer dans tous ces détails, persuadé que vous désirez rendre vos bouteilles aussi parfaites que possibles, et faire attention que Trélon et Soissons se donne beaucoup de peine pour imiter la forme de Maubeuge.

Courrier de la Veuve Clicquot  pour  verrerie de Poilly à Folembray(collection André Orsini)  

Interrogatoire du Baron de Poilly le 13 octobre 1834

 

En 1835, Mr de l'Age, directeur de la verrerie, écrit à Mme Veuve Clicquot : "Ces concurences (de nouvelles verreries) sont toujours au détriment du fabricant, car sur dix ou douze années en Champagne, nous n'en n'avons qu'une ou deux abondance, une ou deux médiocres et le reste est nul".  (collection André Orsini

En 1836 est la dernière année où l'on fabrique des vitres à Folembray d'aprés les registres paroissiaux : Cette année là que décède Félix BOURNIQUE ouvrier en verre à vitres né vers 1803, époux de Constance Mina SAVREUX et qui fait partie d'une grande famille de souffleur de verre à vitres

Le 7 novembre 1847, Mr de L'Age, directeur  de la Verrerie meurt et par la suite Charles François Ferdinand baron DE POILLY, propriétaire de la verrerie royale de Folembray, meurt en 1849.

De 1848 à 1862, Henri Charles Georges De poilly (né en 1821- mort en 1862), industriel, devient maire de Folembray et Conseiller général de l’Aisne (canton de Coucy). Parallèlement, il s’engage à donner à la verrerie une nouvelle impulsion en s’associant avec son beau-frère, le comte de Fitz-James, et M. Labarbe, ancien notaire de Paris, nommé gérant de la société. M. Labarbe apportait à cette oeuvre sa grande expérience des affaires, sa haute intelligence et son extrême activité. Bientôt de nouveaux fours sont créés et reçoivent de nouveaux travailleurs. Une cité toute entière, celle des Maisons-Neuve semble surgir de terre. Un mur circulaire embrasse dans sa vaste enceinte l’usine avec ses dépendances, tout annonce une nouvelle vie dans les ateliers restaurés et agrandis.(VERNIER. Histoire de Folembray, chap 13 p. 129.)

La verrerie et le château du Vivier vers 1850

1855

L’ancienne verrerie de Folembray (Aisne) appartenant aujourd’hui à MM. de Poilly, de Fitz-James et Labarbe, a envoyé de fort belles bouteilles d’une forme parfaite comme élégance et comme régularité. Le verre est d’une homogénéité et d’un éclat remarquable. Nous en dirons autant de ses cloches de jardin. cette manufacture a obtenu une médaille à l’exposition de Londres.

Les Arts chimiques à l’exposition universelle de 1855, Paris : N. Chaux et Cie, 1856, p. 32

En 1860 Henri Charles Georges de Poilly, épouse en secondes noces la comtesse de Brigode, née du Hallay-Coetquen.(VERNIER. Histoire de Folembray, chap 13 p. 130.)

Entre 1840 et 1880, les souffleurs de bouteilles qui travaillaient dans les fournaises Folembraises, provenaient d'horizons très divers.

Le Château du Vivier et la Verrerie en 1874. Dessin d'A. Piette

 

Facture pour New York en 1866 : page1, page2, page3, page4

Lettre pour une vente de bouteilles pour les états unis en 1867 : page1, page2   

Lettres signée par le directeur des verreries pour des négociants à Gautier Frères dans les charentes entre 1862 et 1875 :

17 janvier 1862 page 1  
 25 février 1863 page 1, page 2 (commande de bouteilles) 10 décembre 1874 page 1, page 2 (commande de bouteilles)
1 décembre 1867 page 1, page 2 (commande de bouteilles) 26 janvier 1875 page 1
26 mars 1870 page 1 (commande de bouteilles)  
4 février 1873 page 1, page 2 (commande de bouteilles) 2 avril 1875 page 1, page 2  (commande de bouteilles)
8 novembre 1873 page 1, page 2 (commande de bouteilles) 12 juin 1875 page 1, page 2 (commande de bouteilles)
12 décembre 1873 page 1  14 septembre 1875 page 1, page 2 (commande de bouteilles)
21 décembre 1873 page 1, page 2 (commande de bouteilles) 20 aout 1875 page 1, page 2 (commande de bouteilles)
24 juin 1874 page 1

 

Le 20 septembre 1862 : Décès du baron Henri Charles Georges de Poilly, à l’âge de 41 ans. M. Labarbe, co-actionnaire et gérant de la verrerie, poursuit l’oeuvre entamée. Il devient également maire de Folembray (15 novembre 1862). La famille de Brigode va alors présider aux destinées de la verrerie.

Après le décès du Baron Henri Charles Georges de Poilly, la famille De Brigode allait s'occuper activement de la destinée de la verrerie.

 

1862-1872

Extrait de l’histoire de Folembray par l’abbé Vernier

« Depuis ce temps (1862), Folembray n’a cessé de marcher d’un pas ferme et assuré dans la voie du progrès et du bien-être ; on sent du reste, en traversant notre village riant et coquet qu’il s’élève à l’ombre d’une bienfaisante industrie, a l’existence de laquelle sa propre existence est nécessairement liée.

En moins de vingt ans, nous avons vu de vastes champs se couvrir d’élégantes constructions, de nouvelles rues s’ouvrir, des cités ouvrières, véritables hameaux s’élever tout à coup. La population qui comptait à peine 1000 habitant en 1854 s’élève à près de 1500 habitants (en 1872), est devenue de beaucoup la plus forte du canton.

Dire ces progrès, c’est dire du même coup ceux de la verrerie, arrivée à un degré de prospérité qu’elle n’a jamais connu et devant lequel elle ne s’arrêtera pas encore.

La fabrication a été doublée : huit fours marchent presque constamment, produisant 25 à 30.000 bouteilles par jour. (…) Elle occupe 600 ouvriers attachés tant à la fabrication des bouteilles quai différents ateliers de construction tels que la forge, la poterie, la briqueterie, la charronnerie.

En constatant cette impulsion s féconde en heureux résultats, nous ne pouvons indiquer ici que sommairement les améliorations que M. Labarbe a successivement introduites dans la verrerie en même temps qu’il en doublait le matériel et le personnel. Nous nommerons le laboratoire pour l’étude des compositions, le chemin de fer qui conduit les sables dans les caves d’attente, l’établissement d’une vaste pompe mue par la vapeur et qui distribue l’eau aux 44 places des huit fours, un ventilateur également mu par la vapeur et qui remplace tous les soufflets de la forge, etc.

A côté des améliorations purement matérielle, il en est d’autres plus précieuses parce qu’elle atteignent directement l’ouvrier dont elles s’efforcent d’adoucir et de rémunérer plus largement les fatigues : c’est tout d’abord l’augmentation des salaires, puis viennent les primes d’assiduité, les primes de fabrication, premier choix, les indemnités de maladies l’installation d’un médecin spécialement attaché à l’usine, l’établissement d’un fourneau économique , la création de dortoirs pour les enfants qui doivent travailler la nuit, celle d’une école à l’intérieur de la verrerie pour les enfants qui ne peuvent fréquenter celle du village où chaque semaine une conférence religieuse leur est faite.

Telles sont les améliorations et nous en passons beaucoup d’autres, dont M. Labarbe a doté la verrerie

VERNIER. Histoire de Folembray, p. 132-133.

1872

Le fief du Vivier doit son nom à l’étang du Vivier qui fut creusé à la naissance de l’allée du Chévremont. Un petit château qui séduit tous les regards a été construit sur les bords de cet étang par le baron de Poilly en 1817. Propriété de Madame la baronne de Poily, le château du Viver sert de résidence à M. Labarbe, maire de Folembray et co-actionnaire, gérant de la verrerie.

La terre du Vivier eut pour propriétaire :

1643 : Pierre Sauvaige, conseiller du roi ; 1679 : Suzanne Sauvaige, sa fille morte à l’âge de 41 ans ; 1708 : Gaspard Thévenot , bourgeois de Paris et fondateur de la verrerie du Vivier ; 1758 : de Saint-Mars, conseiller du roi ; 1763 : Michel Saint Martin de Valcourt, marié à Marie Anne de Saint-Mars, fille du précédent ; 1784 : Guillaume Tronson, par son mariage avec Marguerite de Valcourt, fille de Michel Saint-Mars

Bouzard, 1931, p. 140.

1872, 2 juillet

Décret présidentiel déclarant d’utilité publique le chemin de fer de Chauny à Anizy, par Folembray et Coucy.

VERNIER. Histoire de Folembray, p. 134.

1876

A la suite du décès de sa mère, le comte Gaston de Brigode prend la direction des Verreries de Folembray.

Les obsèques de M. le Comte de Brigode, Le nouvelliste, 22 avril 1937.

Un certain Jules André Frédéric DAMOUR, ingénieur des mines, né à Paris en 1836 et qui dirige la verrerie sera celui qui fera l'introduction du four Siemens* vers 1883 à Folembray permettait d'augmenter la production des bouteilles et l'emploi des moules métalliques* facilite le travail du maître verrier. Des modifications* fut apporté, aussi ,au travail des verriers pour les récents progrès de la verrerie à bouteilles.

(* extrait de la revue générales des sciences N°3)

 

1889

...de Poilly de Fitz-James et de Brigode. Elle a pour gérant M. le comte Gaston de Brigode et pour directeur M. Damour. C’est une des plus importantes verreries de France, et sans contredit c’est celle qui a toujours tenu le premier rang pour la bonne fabrication. Elle a remplacé l’ancienne verrerie royale du Vivier, fondée en 1709 par MM. de Massary et Thévenot, laquelle avait été précédée au même lieu par une verrerie en 1441.

L’usine compte huit fours, ayant ensemble 54 ouvreaux desservis par soixante équipes de chacune trois hommes et un apprenti.

Le verre en fusion dans un creuset contenant la matière de 700 bouteilles environs est enlevé par l’ouvrier au moyen d’une longue tige de fer creux, puis façonné en boule pleine, puis soufflé en boule creuse et ovale, puis tournée dans un moule et devient bouteille. La bouteille, toujours emmanchée  au bout de la tige de fer est mise au four où on lui place une bague puis, ainsi achevée, elle est détachée de la tige et portée dans un autre four où elle retrouve une température très élevée pour ne se refroidir que petit à petit sans se casser. Les principales de ces opérations se nomment : cueillage, paraison, soufflage, moulage et pose de la bague. Chaque équipe fait 550 à 650 bouteilles par jour. On produit ainsi à Folembray neuf millions de bouteilles par an pour la Champagne, Cognac et Frontignan.

Les ateliers sont très vastes. Le personnel est très nombreux. Il y a 1500 ouvriers environ. Comme à Chauny, la verrerie a ouvert des écoles, une chapelle, un économat et des cités en faveur de ses ouvriers. 

Caron, Jules. Notice historique sur le château fort de Coucy, … 1889, p. 9.

 Des règlements* sont appliqué aux verriers pour éviter les accidents du travail. Les salaires des verriers à bouteilles vers 1895...

(* extrait de la revue générales des sciences N°3)

1895

Marie Henri Georges Emmanuel Gaston Brigode de Kemlandt, comte de Brigode.

né à Paris le 1er juin 1850, secrétaire d’ambassade en disponibilité, maire de Folembray, gérant de la verrerie de Folembray.

 Il réside au château de Folembray et à Paris (6 rue de la Trémoille). Gaston de Brigode est le petit-fils du comte de Brigode qui fut Pair de France.

Après avoir été quelques temps secrétaire d’ambassade, il a tourné son activité vers l’industrie de la verrerie. Depuis 1880, il est géant de la Société de Poilly de Brigode (verrerie de Folembray).

La verrerie a été fondée en 1709 par Gaspard Thévenot, bourgeois de Paris qui possédait une censé assez importante au hameau du Vivier, dans des conditions naturellement favorables à cette époque pour la fabrication qu’il voulait créer. Sa propriété, en lisière de la Basse-Foret de Coucy, arrosée par un ruisseau dont un barrage retenait les eaux pour forcer un étang de quelques hectares, renfermait en outre  de puissants gisements de sable glauconieux très appropriés à la fusion du verre à bouteille, tant à cause de la petite proportion de potasse qu’à celle de l’oxyde de fer qu’ils contiennent. La forêt de Coucy, faisait partie des domaines du duc d’Orléans, fournissait le bois nécessaires à la fabrication, et sous ce rapport, la verrerie du Vivier se trouvait aussi favorablement placée que celles de l’Argonnes et de Saint-Gobain, sa voisine (…)

Il fallut remplacer les foyers primitifs en bois par de nouveaux dispositifs appropriés au nouveau combustible, puis relier la verrerie au canal de Saint-Quentin par un chemin de fer, avec double raccordement d’une part de la gare de Chauny au port sur le canal, d’autre part de la gare de Folembray à l’usine et à ses magasins.

Les conditions économiques de transport ainsi réalisées, Folembray devait, de plus compter sur ses concurrences multiplies que sa position désaventageuse avait favorisées. Ayant acquis sur la place de Cognac une clientèle de premier ordre, le gérant tenir à la conserver tout en donnant satisfaction aux grands négociants de la Champagne.
C’est alors que furent décidés et réalisés les travaux de transformation ayant pour objet de substituer aux anciens fours à pots les fours à gaz à travail continu. Entre temps, les procédé de moulage à moule ouvert avait fait place aux nouveaux types de moules fermés. (…) Après ces transformations, la verrerie qui fabriquait 600.000 bouteilles était en mesure d’en fournir 12 à 14 millions et de livrer des produits qui, par leur soin apportés à leur fabrication justifient la réputation dont elle jouissait déjà au siècle dernier et qu’attesteraient encore les maisons les plus renommées de la Champagne et de la Charente.

Junger, Henry. Dictionnaire biographique des grands commerçants et industriels, t. 1. Paris : H. Carnoy, 1895, p. 107-108.

  Courriers de 1890 , 1907,1907, 1907, 1909, 1909 et 1910 qui représentent la correspondance entre la Maison D.Davias et la Verrerie de Folembray.

 

Louis Guéroult était choisi en 1896, comme directeur de la Verrerie de Folembray, situation qu'il occupa jusqu'à sa mort, en décembre 1900.

Revue générales des sciences N°3

Parue le 13 février 1896. Ces chapitres suivants ont était écrit par Mr. Emilio Damour : Chef des travaux chimiques à l'Ecole Supérieur des Mines et ancien ingénieur des verreries de Folembray.

 

1900

Dans cette seconde période de cent années et plus exactement dans les quarante années précédentes, les développements de cette industrie verrière ont nécessité de nombreuses transformations. Le temps n’était plus où de nombreuses et modestes charrettes venaient prendre livraison de quelques centaines de bouteilles pour les transporter péniblement à Reims ou Epernay.

L’emploi de la houille substituant au bois avait fait surgir aux côté des mines, un grand nombre de verreries. D’autres s’étaient placé à proximité des grands centres de consommation, sur les voies fluviales ou ferrées.  Il fallut donc remplacer les primitifs foyers au bois par de nouveaux dispositifs appropriés au nouveau combustible, puis relier la verrerie au canal de Saint-Quentin par un chemin de fer, avec double raccordement d’une part de la gare de Chauny, au port sur le canal d’autre partie la gare de Folembray à l’usine et a ses magasins.

Les conditions économiques de transport ainsi réalisées, Folembray devait de plus compter avec les concurrences multiples que sa position désavantageuse avait favorisée. Ayant acquis sur la place de Cognac une clientèle de premier ordre, le gérant tenait à la conserver tout en donnant satisfaction aux grands négociants de la Champagne. C’est alors que furent décidé et réalisé les travaux de transformation ayant pour objet de substituer aux anciens fours à pots, les fours à gaz à travail continu. Entre temps, les procédés de moulage à moule ouverts avaient faits places aux nouveaux types de moules fermés.

Par suite de ces travaux provisoires sans relâche dans cette première période la verrerie de Folembray qui, il y a cent ans, fabriquait 600.000 bouteilles est en mesure d’en livrer douze à quatorze millions chaque année et de livrer des produits qui, par les soins apportés à leur fabrication justifiait la réputation dont elle jouissait déjà au siècle dernier et qu’attesteraient encore les maisons les plus renommées de champagne et de Charente.

(voir document)

C'est vers 1901 que Monsieur Conrad, étant Directeur, se lança résolument dans la fabrication de l'isolateur en verre.(voir document) :

        "La fabrication de ses isolateurs en verre est toute récente. Elle date de 1899. L’initiative de cette nouvelle application du verre appartient au comte de Brigade, gérant actuel de la verrerie de Folembray,    et à l’ancien directeur M. Guéroult.

Le directeur actuel, M. Georges Conrad, poursuivant cette idée, a pu créer une initiative rivale des porcelaineries.

C’est que le verre employé réunit toutes les conditions techniques et désirables de résistance et d’isolement aussi bien pour les communications à grande distance que pour les transports d’énergie électrique. Le verre de Folembray est beaucoup moins alcalin que le verre de de gobeleterie, ce qui augmente considérablement les difficultés de moulage mais lui assure au point de vue de l’isolement électrique des avantages que le verre de gobeleterie en saurait avoir.

La recuisons parfaite assurée et contrôlée par un procédé spécial de la verrerie de Folembray garantie aux produits livrés une résistance à l’isolement et à la traction de beaucoup supérieure à la porcelaine. Les différents essais qui ont été faits, les références sérieuses qui nous ont été données, le développement rapide de cette nouvelle branche industrielle sont autant de preuve de la supériorité de nos produits. Nos premiers essais ont été récompensés d’une médaille d’argent à l’exposition universelle de Paris de 1900. En 1904, le jury accordait à l’exposition internationale de Saint-Louis une médaille d’or.

Cette année, nous arrivons à Liège avec un assortiment complet de pièces isolantes, depuis la simple rondelle et la petite poulie de 20 mm jusqu’à l’isolateur quadruple cloche de 30 cm de diamètres destiné à être utilisé pour des tensions supérieures à 50.000 volts.

Et notre isolateur de troisième rail, en service actuellement sur le réseau de la Compagnie d’Orléans y fait, pensons-nous, très bonne figure. Il nous parait inutile de désigner télé ou telle grande administration, nous avons l’assurance que l’emploi de nos isolateurs leur a donné complète satisfaction."

En 1909, la verrerie de Folembray possède un laboratoire pour les essais mécaniques et électriques de ses isolateurs. Cette installation fonctionne jusqu’au 1er juin 1913. Elle comprend un groupe de convertisseur de 17 kW alimenté en courant continu de 225 volts.

Photos d'objets  produit par la verrerie.

Extrait d'un catalogue de 1913 des isolateurs en verre de Folembray : couverture, page 1page 3, page 4, page 5, page 6, page 12, page 27.
Extrait d'un catalogue de 1907 des isolateurs en verre de Folembray : couverture, table des matières, plan d'isolateur

Facture de 1914 prouvant la fabrication d'isolateurs N°23,22,502,524,553,210,211,285,286,287 et de la fabrication de tirefonds, de ferrures à la Verrerie de Folembray.

En 1914, l’atelier de Chryso est achevé. Cette usine spéciale, par une douloureuse malchance se trouvait achevée en 1914. Les essais avaient été suivis depuis plusieurs années et la fabrication allait commencer lorsque la guerre éclata.

Le 2 septembre 1914, le village est occupé par les Allemands qui l'abandonnent en Mars 1917.

L'entrée de la verrerie de Folembray pendant l'occupation.

 

A la verrerie, on utilise le site comme garage mais aussi comme lieu pour réparer les canons et l'armement. On y installe également une imprimerie pour les cartes d'état major. (Livre : le gobannais en guerre 1914-1929, Fabienne Bliaux). Pendant cette guerre, la verrerie était sur la ligne de feu pendant quatre ans et elle a etait  complètement rasée.

 

photo en 1919 prise en haut des bureaux

Ils y reviennent  le 8 Avril 1918 lors de combats particulièrement violents au cours desquels le village et la verrerie sont entièrement rasés. Au moment de la 1er guerre mondiale, les BRIGODE sont toujours les propriétaires de la Verrerie.

Dés la fin de la guerre, le comte Gaston de BRIGODE, alors propriétaire de la verrerie et Maire de FOLEMBRAY, reconstruit en totalité le village et la verrerie. Un organisme puissant vint apporter son concours et changer la face des choses. A peine rentré de captivité (fin 1918) M. le comte Gaston de Brigode, oubliant ses privations, ses pertes et ses soucis, estime qu'il importe d'agir avec rapidité et charge le Directeur des Verreries M. Conrad, Ingénieur des Arts et Manufactures, Capitaine aux armées, de concevoir le plan entièrement nouveau de reconstruction. L'idée dominante est d'édifier des usines correspondant à toutes les nécessités de la technique moderne. Dès Janvier 1919 M. conrad s'installe dans les ruines avec quelques hommes déterminés, et le travail commence au milieu de difficultés toujours renouvelées.

Peu après, l'œuvre "pour les hôpitaux militaires" établissait à Folembray un poste de secours sous l'active direction de sa présidente Madame la Marquise de Noailles, dont le dévouement s'est dépensé sans compter. La maison Limousin, de Paris, spécialisée dans les travaux de ciment armé, fut chargée de l'entreprise générale de toutes les constructions utiles à la verrerie, sous la surveillance de l'architecte M. Albert Perron.Les animateurs de cette oeuvre de reconstitution comprirent que, pour assurer le recrutement de la main d'œuvre indispensable à la réalisation de ce vaste programme, il fallait donner aux intéressés les éléments indispensables à leur existence. Et c'est ainsi que, parallèlement aux constructions industrielles, on relève les anciennes maisons ouvrières appelées "les maisons neuves", sur la route de Chauny, ainsi que les "maisons rouges", près du passage à niveau du chemin de fer. On crée également un nouveau groupe appelé "les Tournelles", situé au Bois de Midi, près de la chaussée Brunehaut. Ce fut l'œuvre de la société "la Semeuse".

Ces dernières habitations, construites chacune sur 600 mètres carrés de terrain doivent devenir, si l'expérience réussit, un bien de famille. Plus de 80 logements ouvriers ont été achevés. Les usines en possédaient avant guerre environ 180.

Les ouvriers peuvent, en effet, les acheter selon les clauses et conditions d'un cahier des charges-type, et les paiements doivent avoir lieu par annuités, échelonnées selon les facultés financières de l'acquéreur. L'administration des Verreries consent cette vente à des prix voisins de ceux d'avant-guerre, renonçant à tout bénéfice pouvant résulter du coefficient actuel de reconstruction faite au moyen de dommages de guerre. C'est ainsi qu'une maison qui aura coûté réellement 30 000 francs, par exemple, sera vendue aux environ de 10 000 francs.

Dès l'automne 1919, les premiers bâtiments sortent de terre. Les ateliers nécessaires aux divers services des usines sont entrepris en premier lieu, ainsi que la reconstruction d'un des grands fours à bassin, ou la fusion du verre s'opère par le gaz enflammé

En Juillet 1920 ce four était achevé et, le 18 Octobre suivant, on recommençait la fabrication des isolateurs en verre (que les ouvriers appellent des tasses) nécessaires aux lignes d'énergie électrique à haute tension - triple, quadruple et quintuple cloches, - ainsi que ceux destinès à l'administration des télégraphes et des téléphones.

Folembray est, en effet, l'usine créatrice de ces derniers isolateurs qui commencèrent à être utilisés vers l'année 1900, aux lieu et place de ceux en porcelaine (Kaolin) d'un isolement électrique équivalent, mais d'un prix un peu plus élevé. Cette initiative revient au Directeur de l'époque, l'actif M. Guéroux, qui fit les premiers essais de fabrication. Après sa mort prématurée, M. Conrad les reprit et les mit complètement au point.

Pour l'eau industrielle, la maison Limousin construisit un réservoir en ciment armé d'une capacité de 800 mètres cubes. Commencé en Février 1920, il était achevé au mois d'Août de la même année.

Puis, les ateliers complémentaires indispensable : ajustage, forge, briqueterie réfractaire, ateliers de broyage... s'élèvent et s'achèvent. Les grands bureaux, quelques annexes, les maisons des ingénieurs et les grands magasins destinés au stockage de tous les produits fabriqués par les usines de Folembray, seront terminés courant 1922.

Réception de M. Millerand le 16 août 1920.

 La verrerie dont l'ensemble est inauguré le 16 août 1920 par Monsieur Millerand, Président du conseil des ministres, accompagné par M. Saint, préfet de l’Aisne et des principales personnalités de l’O.R.I., M. le colonel Prangey, M. l’ingénieur de Vesvrotte, chef du troisième secteur, vient visiter les chantiers. Aussitôt aprés, commenaient la reconstruction de la halle des deux autres grands fours,pour la fabrication des bouteilles de Cognac et Champenoises, la halle des carcaises ou fours à recuire, les ateliers du "Chryso" produit spécial breveté pour les dallages et revêtements.

 

 

Catalogue de 8 pages des revêtements et dallages dit "Chryso" : "Manufacture qui se trouvait dans la Verrerie"

 

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Dallages retrouvaient sur le sol d'une maison de folembray

 

Cette usine spéciale "Chryso", par une douloureuse malchance, se trouvait achevée en 1914, les essais avaient été suivis depuis plusieurs années et la fabrication allait commencer lorsque la guerre éclata. La fabrication repris au commencement de l'année 1922.

 

Plan d'un fourneau à l'échelle 1/20 après 1920.

 

Le 16 avril et le 8 juin 1921, le Comte Gaston de Brigode apporte des biens immobiliers, des terrains et du matériel à la société des verreries : Voir acte du notaire. Le 1er juillet 1921, les verreries de Folembray se sont transformé en société anonyme au capital de 8.000.000 francs sous la régime de la loi française, suivant acte reçu par Me De Ridder, notaire à Paris le 16 avril et 8 juin 1921. Le 7 juin 1924, le capital a été porté à 10.000.000. La société est inscrite au registre du commerce de la Seine n°252.430 B.

 

Plan de la nouvelle verrerie reconstruite

 

Une saucière (de 24 cm de longueur) et 2 assiettes fabriquaient par l'entreprise "Sarreguemines Vaisselle France". Cette entreprise, qui existe depuis 1748, fait de la vaisselle personnalisée.

Visite de la verrerie de 1919 à 1922

En outre, une nouvelle composition du verre appelée "sibor" résistant aux différences brusques de température, est lancée et parait devoir être adoptée dans les laboratoires et les pharmacies.

L'électricité règne partout en souveraine. La station centrale, prévue pour toutes les extensions possibles, reçoit le courant à 15 000 volts de la compagnie électrique de la vallée de l'Oise, par l'intermédiaire de l'usine de Beautor ,avec transformateur. De la centrale électrique de la Verrerie partent également des câbles destinés à alimenter un groupe générateur, et un transformateur de 200 000 volts pour les essais des isolateurs à très haute tension. Un autre groupe est prévu pour un transformateur permettant d'élever le potentiel à 650 000 volts.

 

isolateur en verre pour 75000 volts soumis à l'arc électrique dans la salle des essais.

 

D'autres part, les installations sanitaires ont été l'objet de sérieuses préoccupations. C'est ainsi que furent établis : vestiaires, lavabos à eau chaude, fosse septique à chasses d'eau automatiques, salles de douches et de bains.

Toutes les commandes des services d'eaux potable et industrielle sont actionnées à distance, de la salle des machines.

Dans les ateliers, chaque machine est actionnée par son moteur d'où la suppression des transmissions et courroies, causes de tant d'accidents. Cette disposition permet en outre de placer des machine-outils dans n'importe quelle partie d'atelier où sa présence peut supprimer une main d'œuvre inutile. Plusieurs ascenseurs électriques, monte-charges, facilitent les manutentions dans les bâtiments principaux, notamment dans la poterie réfractaire. Dans les grands magasins où la main d'œuvre était nombreuse et bon marché avant la guerre, plusieurs ponts roulants munis de chariots électriques automoteurs sur runways permettront par leur action propre combinée avec des procédés de stockage conçus sur des bases nouvelles, la suppression de la main-d'œuvre inutile.

Cette installation est complétée par une travée de 130 mètres de longueur dans laquelle deux voies de chemin de fer sont desservies par un pont roulant électrique de 5 tonnes. Une particularité de ce pont roulant est qu'il circule dans l'extrémité de la travée au-dessus du vide qui constitue à 6 mètres en contrebas, le sol des ateliers Chryso et des isolateurs synthétiques. Ces deux départements se trouvent ainsi aussi bien desservis que s'ils se trouvaient de plain pied avec l'ensemble des usines.

Aux avantages offerts par de beaux bâtiments vastes, aérés , admirablement éclairés par les verrières des lanterneaux, la direction a voulu adjoindre le confort indispensable d'une installation moderne.

Le chauffage est réalisé par une salle de chauffe centrale, en utilisant les anciennes chaudières semi-tubulaires de la station centrale  existant à l'usine avant la guerre et que l'ennemi n'avait pas dynamitées. L'eau chaude est envoyé dans les radiateurs jusqu'à 200 mètres de distance. La circulation se fait à l'aide de pompes électriques qui, par grand froid, peuvent faire circuler par heure 75 mètres cubes d'eau à 90 degrés.

Les différents services ou ateliers des Verreries occupent une superficie de 12 hectare et, en 1925, les bâtiments couvraient 30 000 mètres carrés.

De 1920 à 1929 s'écoule une période faste pour la verrerie qui emploie 750 ouvriers, et le chiffre annuel d'objets fabriqués atteint plusieurs millions. Trois Fours fonctionnent en permanence pour produire des bouteilles, des isolateurs électriques, des bocaux, des meubles en verre de luxe, etc. .....Les méthodes de fabrication du souffleur ont peu changé.

Photographie aérienne des usines de Folembray vers 1925

1929, 6 juin

            Excursion de la Société historique de Compiègne :

Bientôt nos autos nous déposent à la grille des Verreries de Folembray que nous pouvons visiter grâce à l’aimable autorisation de M. Conrad, le directeur de l’usine. La visite des Verreries et des fours près desquels se fabriquent des milliers de bouteilles, de tubes et d’isolateurs électriques ont vivement intéressé les membres de la Société. Quel pénible métier que celui de souffleur de verre ! La dure existence des jeunes gens qui, dans cet enfer, travaillent sans repos pour préparer et terminer les pièces de verre a excité notre compassion et c’est avec plaisir que nous leur avons donné notre obole en quittant la salle des fours.

Les expériences faites en notre présence dans l’atelier de réception des isolateurs électriques donnèrent le frisson a plusieurs de nos collègues. Sous un courant formidable de 200.000 volts, les isolateurs en verre placés sur le banc d’essai sont entourés d’éclairs impressionnants, de flammes capricieuses et de craquements sinistres (…)

De Folembray, nous mettons le cap en direction de la gare de Coucy.

Procès verbaux, rapports et communications diverses de la Société historique de Compiègne, 1929, p. 85 et 86.

 

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Voici deux tampons de l'administration de la verrerie de Folembray : le tampon de monsieur le directeur et le tampon du service isolateur.

 

La Società Italiana Isolatori Folembray de Fidenza est  fondée en 1921 en Italie et rebaptisé Fidenza Vetraria en 1933.

affiche de 1928

 

La Brique de verre de Folembray

Dès 1932, deux entreprises monopolisaient le marché italien des briques de verres : la Fabrica Specchi e Lastre Colate di Vetro, filiale de la société Saint-Gobain à Pise, qui démarra la production vers 1924, et la Società Italiana Isolatori Folembray, de Fidenza, fondée en 1921 et rebaptisé Fidenza Vetraria en 1933. Au verre"ultraclair" de la société Saint Gobain, la firme Folembray opposait le verre spécial (VS) Iperfan qui garantissait - comme son concurrent - résistance et luminosité élevées et constantes dans le temps. La face supérieure des briques de verre de la firme Folembray était parfaitement lisse (on craignait que les irrégularités ne se remplissent de poussiére) tandis que la décoration caractéristique en cercles concentriques, également utile pour masquer la vue, était réalisée sur la face interne( Repertorio 1934 dei materiali per l'edilizia e l'arredamento, Milan, Editoriale Domus, 1934, pp. 134-136).

Au  début des années 1930, la brique de verre occupait certainement une place de choix dans les catalogues de la construction et dans les expositions techniques. Si le manuel d'Enrico Griffini, mis sous presse en octobre 1931 ( E.A. Griffini, Costruzione razionale della casa. I nuovi materiali, Milan, Hoepli, 1932,pp. 123-131), ne mentionnait que les modèles de la société Saint-Gobain, les briques de verre prismatiques VS de la firme Folembray étaient présentes à la IIIe Mostra Tecnica Edile, organisée à Milan en été 1932 ( La III Mostra del Sindacato fascita architetti di Milano. Il vetro e il cristallo nell'edilizia e nell'arredamento, in L'industria del Vectro e della Ceramica, 1932, août, pp. 342-345)....

....Le 10 mai 1933, lors de l'inauguration du Palazzo dell'arte de Gioanni Muzio à Milan, on put admirer les 230 m carré de plancher en vetrocemento réalisés à l'aide de solives en saillie et de briques de verre Iperfan de marque Folembray.(Il s'agit du sol des loges entourant les galeries d'expostion au premier étage : les portées dépassent pas 3m et la configuration est en nervures saillantes.)

Durant l'été 1933, Terragni experimenta le vetrocemento dans la célèbre paroi du bureau de la Maison sur le lac pour artiste, réalisée à l'occasion de la Véme Triennale de Milan. Tout de suite après, il commença à réaliser les dessins exécutifs pour la couverture de la salle de réunion de Casa del Fascio de Côme. Lorqu'au printemps 1934 les devis furent demandés, les entreprises présentèrent chacune plusieurs propositions puisqu'il n'avait pas encore été décidé si la couverture, dotée de surfaces de grande portée, serait réalisée à l'aide de solives encastrées ou en saillie. C'est ainsi que les diverses solutions furent comparées, telles qu'un système de briques en verre Novalux ou Iperfan VS39 - donc à solives encastrées - ou des possibilités à solives saillantes à réaliser au moyen de Quadralith, Luxfer 800 et 604, Iperfan VS42 ou VS30. Le travail fut confié à la société Folembray qui proposait le prix le plus bas et la solution à solives saillantes. Mais l'entreprise opta finalement pour des briques de verre VS41bis, fixées ensemble au moyen d'une soudure autogène selon un brevet déposé en juin 1932 ( Soc. An. It. Isolatori Folembray, Milan, Brevet n°307077, Blocchetto cavo di vectro per la formazione di strutture editizie traslucide, 4 juin 1932)

L'entreprise Fidenza Vectaria n'avait en réalité pas encore l'expérience nécessaire pour effectuer un travail aussi délicat : ainsi, avant 1934, elle fut contrainte d'intervenir, en raison de problèmes d'étanchéité, sur la couverture de la salle de gymnastique de l'école Raffaello Sanzio d'Adalberto Libera à Trento, qui venait d'être achevée avec des panneaux de vetrocemento à solives saillantes et briques de verre VS42. A cette occasion, l'entreprise avait opté la solution discutable de superposer une seconde couche de brique de verre VS31, de mêmes dimensions sur le plan mais plus épaisses, ce qui ne parvenait pas à résoudre les problèmes d'étanchéité.

L'architrave le plancher la plate forme - Nouvelle histoire de la construction sous la direction de Roberto Gargiani  Page 700-701

Cartes prouvant l'exportations d'isolateurs entre la société de Folembray et la Sociéta Anonima Italiana Isolatori Folembray à Findeza (Italie) en 1931 et 1932 :

            

Couverture d'un catalogue de 1928 d'isolateurs.

 

Toutefois, la fabrication des bouteilles à la bouche est abandonnée depuis juillet 1931. Le 20 Janvier 1933, la direction des Verreries invite ses clients et ses représentants pour vanter le mérite du Verre Extra dure "SIBOR" et faire une visite de l'usine pour qu'ils puissent se rendre compte des moyens de production. 

Objets en verre Sibor,  l'ancêtre du verre Pyrex.

 

Le 11 avril 1937, Le Comte Gaston de Brigode meurt

1939, la deuxième guerre mondiale éclate; des ouvriers partent au combat. Des jeunes, à partir de 14 ans et les anciens verriers remplacent les ouvriers mobilisés. La verrerie devient une Société Anonyme dont le Président est Monsieur le duc DE GRAMONT. En 1939, les verreries de Folembray ont été mobilisées pour la fabrication d’un matériel de défense nationale. Elles ont été occupées en partie par l’Etat major du général Billote d’octobre 1939 à mai 1940.

Le 16 mai 1940, l’aviation allemande bombarde l'usine.(AD Aisne ; 968 W 4091) et le 17 mai 1940, les allemands occupent l’usine.

De 1942 à 1944, les Allemands ferment l'usine et y installent un dépôt de vivres destinés à la Kriegzmarine. D'autre part, dans les carrières de BERNAGOUSSE au Nord de la verrerie, est installé un dépôt de munitions dans lequel sont stockés entre autres une partie des fameux V1.

En juin 1944, l'usine est bombardé par l'aviation française (AD Aisne ; 968 W 4091). De 1945 jusqu'en mai 1946, l'armée américaine occupe l'usine et  Marcel Georges Brudo est directeur de la verrerie de Folembray à partir de 1945.(AD Aisne ; 968 W 4091)

En septembre 1944, FOLEMBRAY est libéré par les troupes américaines qui y installent un centre de triage et d'expédition des effets et matériels de leurs soldats tués au cours de la campagne. Les archives de la verrerie et de la commune ont été disparu.

 

1945

Rapport d’expertise des dommages de guerre

- Bâtiment I : 80 m + 33 m de long sur 45 m + 25 m de large, construit en 1925. Surface au sol de 2100 m2 et 1600 m2 au premier étage. Bombardé en mai-juin 1940.

-    Bâtiment V : Magasins généraux 75 m de long sur 28 m de large, 5,50 m de hauteur construit en 1925. Surface au sol de 4425 m2, bombardé en août-septembre 1944. Taux de destruction : 20%. (Bâtiment endossa par bombes incendiaires. La partie avant vers la cour est déchiquetée. la partie arrière qui a aussi beaucoup souffert, est à démolir également. Ne peut être utilisé normalement.

-    Bâtiment VI : Composition et poterie. 75 m de long sur 34 m de large, construit en 1926. Surface au sol de 2550 m2. Bombardé en août-septembre 1944. Construction en béton armé, fermes et voûtes en béton armé. Piedroits remplissage en aggloméré. Chassis vitré en façade. Travaux de réparation exécutés par Paul Pinard, architecte à Barisis (Aisne).

-    Bâtiment VI bis : 27 m de long sur 15 m de large, construit en 1925. Surface au sol de 405 m2. Bombardé en août-septembre 1944. Construction en béton armé, fermes et voûtes en béton armé. Piedroits remplissage en aggloméré. Chassis vitré en façade. Travaux de réparation exécutés par Paul Pinard, architecte à Barisis

AD Aisne ; 968 W 4088

1950

Rapport concernant les dommages subis par les verreries de Folembray, établi par Maurice Cabet, architecte Dplg à Tergnier (27 rue Aristide Briand).

L’ensemble des usines, atelier, bureaux, maisons ouvrières a subi des dégâts importants provoqués par les circonstances suivantes :

Le 16 mai 1940 : des bombardements par avions allemands ont principalement casé les dommages des bâtiments E, du four III, du bâtiment diesel, du bâtiment des électriciens et du hangar de déchargement.

En mai juin 1940. Des bombardements par artillerie française, lors de la bataille de l’Ailette, ont causé principalement des dégâts aux logements ouvriers en aggravant les dommages des bâtiments E, et causant des dégâts disséminés dans l’ensemble de l’usine, suivant détails portés aux devis.

En juin 1944, des bombardements aériens ont causé les gros dommages des ateliers F, au bâtiment G, au bâtiment H, au bâtiment I, au bâtiment J, aux canalisations, au mur de clôture côté voies SNCF. Egalement les dommages des annexes  : garage, chaufferie, murs de clôture, pavillons divers, etc.

Enfin, de juin 1943 à août 1944, les usines ont été occupées par les troupes allemandes, les dommages importants, conséquence de cette occupation sont détaillés dans les devis estimatifs.

AD Aisne ; 968 W 4089

Les chiffres d’affaires avant le sinistre ont été : en 1936-1937 : 6.540.064 francs ; en 1937-1938 : 11.852.341 francs ; en 1938-1939 : 10.659.446 francs. Les dommages de guerre s’appliquent d’une part à des bâtiments qui relèvent de la compétence d’un architecte, et d’autre part à des matériels, outillage et stocks professionnels qui font l’objet du présent rapport. La société des verreries de Folembray a été déclarée prioritaire.

Le 3 juin 1946, l'usine ouvre partiellement ses portes mais ne fabrique plus isolateurs électriques. Par contre, elle continue de produire des bocaux.

En 1950, le fils du directeur est tué accidentellement par un pont dans la verrerie. De 1950 à 1952, des conflits sociaux éclatent entre la direction et les syndicalistes : le syndicat devenait trop exigeant et les salaires étaient les plus élevé de la région. Le directeur décide de fermer définitivement l'usine le 2 août 1952.

Article de journaux sur la situation de la Verrerie :

Article de la "Dépêche de l'Aisne", le jeudi 14 août 1952.

Article de la "Dépêche de l'Aisne", le 23 août 1952.

Fin 1953, c'est l'armée française qui s'installe au Vivier. Le conflit d'Indochine, puis celui d'Algérie nécessitent des dépôts de matériel et l'arsenal de La Fére devenant trop petit, une annexe est implantée dans les anciens bâtiments industriels. Le service du matériel acquiert donc cette propriété en 1953 et y implante le deuxième BRMG(caserne militaire).

Le C.M. est chargé de la protection de ses installations de face aux menaces principales : l'intrusion , le vol ainsi l'incendie.

Le C.M. disposait de militaires du rang et de chiens de garde, et en matériel d'une motopompe incendie pour concourir à lutter contre ces menaces.

Celui-ci dissous, l'annexe du CM91 est transférée de la FÈRE à FOLEMBRAY le 1 octobre 1968 et y restera jusqu'au 1 juillet 1973, date de la création du Centre Mobilisateur 287 (CM 287) est implanté dans l'ancienne verrerie de Folembray; elle même construite dans la propriété de l'ancien château du Vivier.

Le CM 287 quitte les lieux en 1993 pour s'installer à Laon. L'épisode militaire du Vivier aura duré 40 ans.

En attente du nouveau propriétaire, l'ancienne verrerie a servi en 1994 de centre de rétention pour le Ministère de l'intérieur. De nombreux Folembraysiens se souviennent encore de la venue "d'islamistes" qui ont valu à Folembray les "honneurs" des médias nationaux et internationaux.

Après de nombreuses tractations, les bâtiments du Vivier et les logements du site furent cédés à la commune de Folembray. La revente d'une partie du domaine a permis de financer la totalité de l'achat. L'ancienne pension Saint Laurent, ex foyer militaire, est devenue "Centre de rencontre Rural et Culturel" et abrite les associations locales. Le bâtiment de l'infirmerie des armées a été aménagé pour accueillir ma maison inter cantonale de la Petite Enfance.

 

 

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