La renaissance aprés  la guerre de 1914 1918
 



 En novembre 1918, notre malheureux village. Rien ne reste debout, tous les immeubles sont en ruines ou complètement anéantis. Un silence de mort plane sur cet amoncellemnt de pierres, de briques et de ferrailles. Les oiseaux eux-mêmes ont abandonné la région. La forêt n'est plus qu'un taillis. Les arbres de quelque valeur comme le chêne, le hêtre, l'orme, le charme, le tremble,etc... ont été abattus et enlevés.

Un des premiers habitants venus pour examiner ce qu'il était possible de faire, a conservé de ce voyage un souvenir inoubliable. En constatant le désastre, il croit être tout à coup transporté dans un pays lunaire. Plus un abri debout plus un arbre, plus un point de repère. Comment retrouver la maison familliale dans ce bouleversement général, où dominent des trous de mines, des enchevêtrements de fils barbelés et des dépots de munitions de guerre !
Une femme âgée accompagne ce pélerin. Et ces deux personnes, à un pan de mur qu'elles croient reconnaître, finissent par situer leur ancienne demeure disparue. Sur son emplacement existent maintenant une voie ferrée, un dépôt de madriers et la tombe d'un sous-officier allemand, que les parents viendront, plus tard, exhumer.


Et dans ce décor lugubre, face à l'horrible réalité de la dévastation et du néant, le cerveau se trouble, l'âme chancelle et le corps de la vieille maman s'écroule. Tout ce qu"elle a gouté de joie et le bonheur dans la vie s'éffondre car, à chaque pas, se dresse devant elle un souvenir meurtri.
Mais cette défaillance physique n'est que passgère. Elle se relève et, dans les yeux fixes, brille une flamme où se reflète l'énergie farouche de la race. La décision de ces deux sinistrés est vite prise : Ils reviendront. comment vivront-ils dans ce désert, et par quels travaux commencera le rude labeur entrevu ? Ils l'ignorent, mais peu importe.
Et, en effet, ils sont revenus avec d'autres, sur la terre de leurs ancêtres ou au lieu de leur naissance. Ils vivent dans les caves en partie écroulées, ou dans les trous des anciennes tranchées. Ils peinent, ils souffrent, mais tous déclarent : " Oui c'est bien dur, mais nous sommes chez nous ". Et voilà comment ces terriens, cultivateurs ou petits propriétaires, rudes, endurants, tenaces et magnifiques ont déblayé, reconstruit et rendu à nos villages et à nos champs leur véritable physionomie. Honneur à aux, car plus grandes étaient les difficultés plusfermes étaient les courages !


"Histoire complémentaire de Folembray de Jules Bouzard"

BARAQUEMENTS ET LOGEMENTS PROVISOIRES


Reconstruction d'un maison provisoire dans le bas de Folembray à coté de la Rue Marcel Maillard. En arrière plan, on distingue les ruines des maisons de la rue Thévenot.
Photo (recolorisé) extrait de la revue : le pays de france N°268 du 6 décembre 1919
Le comité (secours Franco-Américain) à reconstruit de petits rez de chaussée provisoires avec les pierres de tailles des maisons en ruines.

 

Les habitants ne commencérent à rentrer à Folembray qu'au début de l'année 1919. Les évacués, les incendiés et leur famille reprirent le chemin du village et, pareils à des foumis, ils voulurent relever les ruines accumulées par l'ennemi. La question principale à résoudre était celle du logement. Un service d'état dit de "reconstitution" vint aider les sinistrés, en leur fournissant des baraquements en bois, devenus disponibles dans la zone arrière des armées. Ensuite on édifia, dans des conditions déterminées, des logements en moêllons ou en briques dits "semi-provisoires".

(photo recolorisé). Prés de l'église en ruine, la baraque qui fait buvette et épicerie de Mr L. Poirier. (photo recolorisé)  Chez Mr Frigneaud qui vend des articles de deuil , baptéme et de communion.
(photo recolorisé) En 1922, entre la cité des Maisons Rouges et l'ancienne ligne de chemin de fer.
A gauche une maison semi-provisoire et droite un baraquement provisoire.
En arrière plan, l'église est encore en ruine.

Cette photo recolorisé a était prise sur l'ancienne ligne de chemin de fer en direction de l'église de la Mairie vers 1922. Au premier plan, des baraquements provisoires.

A cette époque, l'église n'est pas encore reconstruite.

Un important service fut créé pour la construction ou la mise en place de barquements destinés aux populations, assez courageuses pour ne pas s'effrayer des difficultés nombreuses qu'elles allaient rencontrer : ravitaillement, assainissement des sources, nettoyage des puits empoisonnés, déblaiement, etc ... Des pancartes, indiquant le nom des localités anéanties, nivelées, durent être placées parfois pour permettre aux intéressés de s'y reconnaître.

En 1920, un certain nombre de barquements ayant été édifiés, les services communaux furent réinstallés et reprisent leur cours normal. La Mairie provisoire était placée près de l'ancienne porte des jardins royaux (voir les vestiges du Château Royal) , c'est à dire à l'angle de la rue  Mortier et la rue des Hautes Avesnes (l'ancienne prison). Les écoles provisoires se trouvaient en avant de l'ancienne Halle. L'église provisoire occupait la pointe de la place verte.

 

"Histoire complémentaire de Folembray d'après Jules Bouzard"

L'oeuvre du secours Franco-américain en 1919
extrait d'une revue : "j'ai vue" et "le pays de France" de décembre 1919

La Marquise de Noailles en conférence avec ses infirmières.

 

Parmi les œuvres philanthropiques qui sont nées dans notre pays au cours de la grande tourmente et depuis l'armistice, nous n'en connaissons pas de plus patriotique, de plus utile, de plus pratique, que celle que dirigent avec un rare bonheur deux grandes dames de la haute société franco-américaine :  Mme Charles Prince et Mme la marquise de Noailles.


Sous le titre de " Comité de secours franco-américain pour les pays dévastés ", ces admirables bienfaitrices ont par leur touchante, sollicitude rendu pratique une tâche ardue qui de prime abord semblait vouée à l'insuccès. Par leur esprit d'initiative,leur dévouement, leur appui moral et financier, elles ont fait renaître la vie et la santé où régnait, depuis cinq ans, le désastre et la mort. 


Grâce à une inlassable propagande, grâce aussi à leurs ressources personnelles, Mme Charles Prince, aux États-Unis, Mme la marquise de Noailles, en France, sont arrivées à réunir des subsides relativement importants à l'aide desquels on a pu  reconstituer dans quelques villages de l'Aisne, de la Somme, de l'Oise et bientôt des Ardennes les premiers éléments pratiques indispensables à la vie des habitants.

A gauche : La boulangerie de Folembray en 1919. Et à droite : Vue extérieur de la boulangerie en 1919 Mme Charles Prince.
 L'une des présidentes du secours Franco-américain

 

C'est ainsi qu'à Folembray, à trois kilomètres de Coucy le château, que nous venons : visiter et que les Allemands ont culbuté de fond en comble, elles sont arrivées à faire reconstruire avec les matériaux tirés des décombres, des rez-de-chaussée couverts, relativement confortables, où le strict nécessaire a été mis à la disposition des habitants qui tout doucement s'acheminent vers la petite commune dévastée ; objets de literie, armoire, poêle de cuisine, etc., etc. A côté de cet appoint indispensable aux premières nécessités de la vie, elles en ont apporté un autre plus efficace : celui de reconstituer le cheptel bovin enlevé par les barbares ; à cet effet un petit troupeau de vaches et deux taureaux sont arrivés récemment d'Honde et ont été assemblés dans les prairies trouées d'obus autour du château incendié du comte de Brigode, dont la belle vaillance au cours de l'occupation du  village par Von Kluck est digne des plus beaux éloge.

A coté du cheptel bovin, le comité du "Secours franco-américain" en a constitué d'autres ; des lapins, des poules, des oies, des canards, des chèvres, ont été pour la reproduction confiés aux gens de Folembray.

Une école a été érigée de toutes pièces ; cent dix enfants, garçons et fillettes, y reçoivent une instruction primaire sous la direction de trois dévouées institutrices, dont nous avons le devoir ici de citer les noms, ce sont Mlle Trouilhé, Mme Bastard et Mlle Meyer, qui même pendant l'occupation allemande, presque sur la ligne de feu - on se battait à champs-sur-la-Lesse, à cinq kilomètres de là - n'ont cessé de porter à ces infortunés, que la ruine attendait, l'appoint de leur maternel dévouement.

A Folembray : Miss Sutton, une des infirmières, visite les habitants nécessiteux. Comment vivent les habitants de Folembray Miss Perkins pansant une plaie

 

A coté de l'école, au milieu de cet amoncellement de décombres, une chapelle, un dispensaire ont été construits, des secours en vêtements, en nourriture, en argent sont journellement distribués sous la direction de deux gracieuses infirmières anglaises : Miss Sutton, Miss Perkins, qui avec dévouement inlassable, une sollicitude touchante, après avoir pendant cinq ans rempli leur périlleuse mission dans les hôpitaux du front, continuent à soulager toutes les misères qui les entourent par amour pour la France, à laquelle elles ont voué un culte particulier.

Elles vivent là sans se plaindre jamais, au milieu de ces ruines parmi toutes ces infortunés qui les considérent comme de grandes sœurs, couchant dans les baraquements rudimentaires, apportant chaque jour à tout ces malheureux la parure de leur jeunesse et de leur sourire ; recevant, l'une dés le matin au dispensaire les valides qui peuvent venir se faire soigner, l'autre, parcourant avec sa petite voiture les villages de Verneuil, Champs, Praast, Villette, Pierremande, Barisis, Fresne, Septvaux, tout le secteur confié à ses soins.

Le bureau de poste La salle d'école des baraquements provisoire L'épicerie bien alimentée

Nous avons tenu tout particulièrement à accompagner Miss Sutton dans ce pénible tournée par une pluie battante ; nous l'avons vue dans des intérieures sordides, d'anciennes cagnas, aménagés en logis, où la lumière ne pénètre que par d'étroits soupiraux, se pencher sur les typhiques, parfois sur des agonisants, ne répugnant à aucune besogne, mène les plus pénibles, les plus redoutables. Nous l'avons vue, après les soins donnés à tous ces pauvres hères, laisser sur la table, sur la chaise ou sur le banc qui forme quelque fois l'unique ameublement de cette caverne de troglodytes un peu de vin, de chocolat et quelques piécettes d'argent... et avec quel tact, quelle délicatesse, tout cela était fait... et discrètement effacé dans l'ombre, je regardais ces scènes touchantes dans leur simplicité et je m'inclinais avec infini respect devant le courage de ces femmes admirables, si braves, si dévouées, qui depuis cinq ans supportent tant de fatigues, tant de dangers pour soulager toutes les misères.

Le cheptel offert par la mission

Le Comte de Brigode, un des bienfaiteurs du pays dévasté.

Leur bonté, leur générosité, leur simplicité, leur douceur remplissent là tous les jours le plus beau et le plus noble des devoirs, celui de la charité humaine et à ce titre nous ne saurions jamais assez traduire notre reconnaissance et notre admiration.

M. Meys

Au fur et à mesure que les années passent, les baraquements provisoires sont démolis. On peut encore trouver dans le village, quelques une de ces habitations centenaire ci-dessous.

Dans la rue des Glatigny. A gauche, une baraque de 1920 qui a était démonté vers 2009. Dans la rue Stanlingrad en 2011.
Dans la rue Colonel Fabien en 2014 Dans la ruelle Bayeux en 2014

Une baraque provisoire transformé en bâtiment, dans le bas de la rue Henri Leguay en 2014.
La cave semi-enterrée qui est de l'époque,se trouve à l'extérieur tout prés de la baraque.
  Baraquement provisoire, dans la rue du cimetiére en 2014, avec sa cave qui se trouve en dessous.
Logements semi-provisoires en 2014, en bas de la rue Henri Leguay. En 2014, deux baraquements dans le rue Bernard Lefèvre.

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